De l’astronome Martin Rees s’inquiétant que les robots ne prennent bientôt le pouvoir, l’astrophysicien Stephen Hawking craignant que limités par une évolution trop lente les êtres humains s’avèrent incapables de rivaliser avec l’intelligence artificielle ou l’entrepreneur Elon Musk décrivant le risque que l’humanité n’ « invoque un démon » et ne mette sa propre existence en danger en construisant une intelligence artificielle supérieure… jusqu’au mouvement trans-humaniste espérant des progrès de l’intelligence artificielle non seulement la multiplication des possibilités humaines mais rien de moins que l’immortalité – ainsi Mark O’Connell dans « To Be a Machine » prophétisant la possibilité de transférer son esprit dans une machine, laquelle ne serait pas soumise à la mort.

Ces craintes et ces espoirs découlent tous d’une source unique : la perspective de doter prochainement un ordinateur d’un esprit similaire à celui de l’être humain, qui lui serait bientôt supérieur – ce qu’il est convenu d’appeler une « intelligence artificielle forte ».

Cette perspective est-elle véritablement réaliste ?

Avant de développer l’argumentation, commençons par sa conclusion – le résumé pour décideurs :

Construire à base d’ordinateurs une intelligence artificielle forte – c’est-à-dire égalant ou dépassant l’esprit humain, « quelqu’un dans la machine » – est fort probablement impossible pour raison de principe, car au moins trois questions fondamentales pourraient chacune à elle seule en exclure la possibilité, et la réponse définitive à chacune de ces questions est à ce jour inconnue.

Si toutefois aucune des trois réponses ne s’avéraient faire obstacle et si ce projet était donc théoriquement possible, sa difficulté inhérente – hors de toute proportion avec la difficulté à fabriquer par exemple de simples robots autonomes utiles dans la vie courante ou l’industrie – bref la question pratique, assurerait qu’elle ne pourra de toute façon être qu’un projet à très long terme, comparable par exemple avec ce qu’est pour l’astronautique le vol interstellaire.

L’IA forte dans dix ou vingt ans des transhumanistes théoriciens de la « Singularité » n’est que balivernes.

En cette époque où l’humanité fait face aux prodromes d’une crise gigantesque, vague scélérate additionnant fragilités du système financier et entrée dans l’âge des limites notamment en énergie fossile sur fonds de catastrophe écologique en cours incluant un dérèglement climatique aux conséquences de long terme très menaçantes, il est très agréable de découvrir – pour une fois ! – que tel nouveau monstre menaçant sortant du brouillard… n’est finalement qu’un banal épouvantail et un jouet pour faire peur aux enfants.