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France Révolution

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Centrafrique : le massacre de Bria entre résurgences ethniques, aveuglement démocratique français et incompétence de l’ONU

Publié le 25 Juin 2017 par France Révolution

Centrafrique : le massacre de Bria entre résurgences ethniques, aveuglement démocratique français et incompétence de l’ONU

Ci-dessous la dernière analyse de Bernard Lugan (l’Afrique Réelle) à propos de la crise en Centrafrique. Abonnez-vous à l’Afrique Réelle ici.

Lundi 19 juin, à Rome, sous le parrainage de la  communauté de Sant ’Egidio, 13 groupes rebelles centrafricains signèrent un accord prévoyant un cessez-le-feu immédiat. Le lendemain, à Bria, dans le centre de la RCA, l’un des groupes signataires  se livra à un vaste massacre de civils.

L’ancienne grille de lecture de la situation centrafricaine présentée comme une confrontation globale entre Seleka et anti-Balaka, entre chrétiens et musulmans, est largement obsolète. La RCA est en effet  désormais atomisée en de multiples petits foyers de violence inclus dans un pays coupé en deux, avec une partie majoritairement chrétienne à l’ouest et une autre à domination musulmane à l’est. Or, les principaux foyers de désordre se situent à l’intérieur de ces deux grandes zones où les réalités ethniques séculaires ont pris le pas sur les adhésions plus ou moins récentes et plus ou moins profondes à des religions importées. C’est ainsi qu’à Bria, les massacres se commettent entre musulmans appartenant à des ethnies différentes.

Si la tragédie centrafricaine est bien une résurgence de conflits inscrits dans la nuit des temps, son emballement actuel est la conséquence de plusieurs grandes erreurs commises par François Hollande en raison de son aveuglement démocratique. Quant à l’actuelle gestion de la crise par les forces de l’ONU, elle relève du pur scandale en raison de l’incompétence de ses acteurs.

Explication.

Mardi 20 juin, à Bria, ville diamantifère du centre-est de la RCA plus de 100 civils furent massacrés. Mi-mai, des affrontements s’y étaient déjà produits. Ils opposent des ethnies musulmanes anciennement alliées au sein de l’ex-Seleka, à savoir les Peul (Fulani) dont la milice est l’UPC (Union pour la Paix en Centrafrique), et les Runga-Gula du FPRC (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), qui furent à l’origine de la création du Seleka. Ici, le FPRC a lancé l’offensive contre l’UPC, alors qu’à Bambari c’est l’UPC qui menace le FPRC.

Au départ, le Seleka était une alliance militaire entre petites ethnies musulmanes du nord alliées aux Peul et soutenues par des miliciens soudanais. Son but était de lancer une razzia vers Bangui, renouant ainsi avec les raids que les tribus soudanaises lançaient jadis vers le fleuve afin de s’y procurer des esclaves. En 2014, le Seleka  éclata en plusieurs factions à base ethno-tribale. Ce sont ces dernières qui se battent aujourd’hui pour le contrôle de portions de territoire.

La rupture entre les deux principales d’entre elles, à savoir l’UPC et le FPRC s’est produite quand Noureddine Adam, d’ethnie Runga et leader du FPRC, un temps soutenu par le Tchad, s’est maladroitement prononcé pour l’indépendance du nord de la RCA. De son côté, le Peul Ali Darassa, de l’UPC, refusa de se rallier au FPRC alors désireux de refaire à son profit l’union défunte et, de plus, il voulut s’assurer le contrôle de la mine d’or de  Ndassima située à 60 kilomètres au nord de Bambari.

Depuis, ces deux mouvements ethniques sont engagés dans une lutte territoriale. L’UPC veut ainsi chasser les Runga et les Gula de la région de Bambari, cependant qu’à Bria, depuis la fin du mois de novembre 2016, Runga et Gula pourchassent les Fulani.

Pour encore compliquer la situation, des alliances opportunistes largement contre-nature se sont parfois nouées sur le terrain entre anti-Balaka chrétiens et  miliciens RPRC, provisoirement unis contre les Peul (Fulani).

La tragédie centrafricaine est certes la résurgence de conflits inscrits dans la nuit des temps, mais son emballement actuel est la conséquence de quatre grandes erreurs commises par François Hollande.

La première date de fin 2012, quand il aurait été facile de « traiter » les coupeurs de route du Seleka qui ravageaient alors le nord du pays ; or, Paris les laissa prendre et piller Bangui où les Gbaya furent massacrés. Le Seleka s’en prit ensuite à tous les sudistes dans une folie meurtrière  qui se transforma en guerre contre les chrétiens qui s’organisèrent en milices d’auto-défense, les anti-balaka.

La 2e erreur fut l’Opération Sangaris qui débuta sur le terrain au début de l’année 2014, et à laquelle François Hollande ne donna pas de mission claire, se refusant à désigner l’ « ami » et l’ « ennemi », se bornant à demander à nos soldats de jouer les « bons samaritains ». Ceci explique pourquoi, au lieu de détruire  les bandes du Seleka qui avaient provoqué le désastre, Paris demanda simplement à nos soldats de séparer agresseurs et agressés, bourreaux et victimes[1]. De plus, au lieu de prendre position à Birao, position clé du nord de la RCA, afin de couper le Seleka de ses bases soudanaises, le contingent français fut encalminé à Bangui…

La 3e erreur fut idéologique car, alors que la solution devait impérativement et préalablement passer par une robuste phase militaire, le Quai d’Orsay ne cessa d’affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers des élections. Cet aveuglement déboucha sur une ethno-mathématique avec l’élection le 14 février 2016  de Faustin-Archange Touadéra, un Ngbaka Manza à la présidence de la République. Donc sur une nouvelle impasse…

La 4e erreur fut commise le 13 mai 2016, quand, satisfait d’avoir pu restaurer le processus démocratique, François Hollande annonça la fin de l’opération Sangaris, laissant l’ONU gérer ce qui était devenu un bourbier.

Le contingent de l’ONU impuissant

Résultat, aujourd’hui, sur le terrain, la situation est totalement hors contrôle car s’y déroulent des conflits multiples et entrecroisés, une véritable guerre de tous contre tous, l’ex Seleka et ses subdivisions gangstérisées occupant  le centre et le nord-est du pays, cependant que les anti Balaka et leurs multiples groupes de délinquants tiennent le sud et l’ouest du pays ainsi que Bangui d’où les musulmans ont été largement chassés.

Dans le vide sécuritaire provoqué par le départ des forces françaises de Sangaris, le contingent de l’ONU, volapük composé de 11 nationalités dont des éléments venus de Papouasie, d’Egypte, du Cameroun, du Pakistan, de RDC, du Bengladesh, du Maroc, de Guinée Bissau etc., et dont à peine ¼ se trouvent sur le terrain, est totalement impuissant.

En dépit de son nom ronflant, « Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unis pour la stabilisation en République centrafricaine », de son budget colossal de 800 millions de dollars par an et de ses 12000 hommes, la Minusca a failli à sa mission. Plus encore, son prestige a été plus qu’écorné par les scandales. C’est ainsi que les 600 hommes du contingent de la RDC ont été renvoyés pour trafics divers et abus sexuels. Quant aux Camerounais, ils se sont partiellement reconvertis dans la vente de bière. Pour leur part, les 1000 hommes venus du Bangladesh n’ont de « militaires » que l’uniforme…. Une fois de plus, les forces de l’ONU se montrent donc incapables de faire face à la situation[2]. Comme à Bangassou, où, au mois de juin 2016, quand les anti Balaka massacrèrent 200 musulmans sous les yeux du contingent cambodgien, il fallut alors l’intervention d’un commando de forces spéciales portugaises pour mettre un terme aux tueries.

Impuissants, les Casques bleus sont même devenus une cible. Le 8 mai 2017, un convoi de la Minusca est ainsi  tombé dans une embuscade entre Bangassou et Rafai. Six de ses hommes furent tués et dix blessés. Depuis le début de l’année, plusieurs attaques ont eu lieu le long de cette route qui relie le Soudan du Sud en longeant la frontière de la RDC, faisant au total plusieurs dizaines de morts parmi les soldats de l’ONU.

Pour leur part, les forces armées centrafricaines (FACA) n’existent plus et les 700 hommes formés par l’UE constituent un bataillon d’opérette.

La RCA étant au contact des foyers de guerre du Soudan du Sud, de l’Ituri et de la région de Beni en RDC, une tache grise totalement hors contrôle existe donc désormais en Afrique centrale. En raison des apparentements ethniques transfrontaliers, elle peut s’étendre à tout moment.

Bernard Lugan
22/06/2017

[1] Voir mon analyse en date du 9 février 2014 intitulée « Réflexions sur les interventions françaises au Mali et en RCA.

[2] Pour mémoire, au Rwanda, les forces de l’ONU ont laissé sans réagir, se dérouler le génocide de 1994 en raison de l’incompétence de leur chef, le général canadien Roméo Dallaire et de la lâcheté de plusieurs contingents nationaux, dont celui du Bengladesh dont les hommes, afin d’éviter de se voir engagés avaient saboté leurs véhicules. Voir à ce sujet mon livre « Rwanda, un génocide en questions », Le Rocher, 2014.

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