Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
France Révolution

France Révolution c'est un journal d'information et de réinformation avec de l'info vérité non tronquée que vous cache l'ensemble des médias a la botte du pouvoir en place, je produis - Documents - Reportages - Films - tweets et bandes son pour preuve que l'on vous ment 24H sur 24H

Affûtage et trempage d’outils : les escroqueries se multiplient en Loire-Atlantique

Publié le 26 Juin 2017 par France Révolution

Affûtage et trempage d’outils : les escroqueries se multiplient en Loire-Atlantique

Démarchés à leur domicile par des individus qui souhaitent affûter, tremper et rectifier leurs outils, plusieurs artisans et agriculteurs de Loire-Atlantique se retrouvent à payer des factures gonflées pour un travail qui semble insignifiant. Les démarcheurs se présentent comme espagnols mais appartiennent en réalité à un camp de gens du voyage situé dans l’agglomération nantaise.

Un artisan du centre de la Loire-Atlantique s’est vu ainsi démarcher chez lui. Après avoir visité son atelier, l’affûteur a pris les forêts, mèches et chaînes confiées par l’artisan, pour un affûtage et trempage finalement facturé 0,48€ du centimètre de coupe. L’artisan est allé récupérer son outillage au McDo de Carquefou, où il s’est trouvé face à une facture de plus de 3000 euros, qui représente plusieurs fois le prix de l’outillage neuf, tout ça pour des mèches qui ont été trempées dans l’huile, et qui coupent nettement moins bien qu’avant.

Une autre victime, un agriculteur lui aussi situé dans le centre du département, a obtenu une remise des escrocs en ne payant que 250 euros au lieu des 400 qui lui étaient réclamés. Là encore, la facture est gonflée, présentée au nom d’une société étrangère et il n’y avait ni devis, ni SIRET.

Les pseudo-affûteurs ne risquent pas grand chose : soit l’artisan paye, soit il leur laisse le matériel. Les factures sont à l’en-tête d’une entreprise d’affûtage espagnole, Gonzalez, et ne présentent ni raison sociale, ni SIRET français. Il semble d’ailleurs que cette société soit tout à fait fictive – l’équivalent espagnol d’Infogreffe, Info-CIF, ne donne à l’adresse et au nom indiqué qu’une société de transport, qui exerce donc dans un domaine tout à fait diffèrent.

Ce sont les clients eux-mêmes qui remplissent la facture et le paiement se fait par chèque ou en liquide – des paiements qui ne peuvent pas être annulés, ni tracés. D’autres victimes, notamment des agriculteurs du département, n’ont pas payé, mais ont fait face à des manœuvres d’intimidation, voire des tentatives de cambriolage provoquées par des complices des affûteurs, qui prennent bien la peine de visiter installations et ateliers quand ils démarchent les clients.

De multiples escroqueries bien affûtées

Cette escroquerie à l’affûtage n’est pas nouvelle, le mécanisme en est expliqué ici par celui qui faillit en être la victime;dans son secteur, des escrocs affûteurs mécontents d’avoir été mal payés par une des entreprises qui fut leur victime l’ont incendiée, provoquant sa fermeture définitive.

L’arnaque est signalée en 2010 en Ille-et-Vilaine, sur un forum agricole. C’est une société de Lille qui avait démarché cet agriculteur, au prix de 2,5 € le centimètre de trempe – sachant que ce centimètre est compté deux fois, pour les deux côtés de la mèche. Finalement, cela a fait une facture de 450€ HT. Près d’Oyonnax, un couple de gens du voyage pratiquait la même année une autre variante de l’escroquerie : il annonçait un prix de 4000 €, puis le divisait par deux une fois le travail accompli. Le coup de la remise était en réalité une escroquerie puisqu’un affûtage coûte dans les 200 euros.

En 2010 toujours, huit suspects avaient été arrêtés en Alsace, dont quatre placés en détention provisoire. Issus de la même communauté de gens du voyage, âgés de 20 à 63 ans et arrêtés à Strasbourg et Geipolsheim, ils avaient démarché des entreprises d’Alsace du Nord pour des travaux d’affûtage, puis les avaient intimidées de façon à ce qu’elles paient des factures gonflées. Par ailleurs ils percevaient indûment des prestations sociales. Ils avaient été mis en examen pour travail dissimulé, escroquerie en bande organisée, blanchiment d’argent, non justification de ressources et déclaration mensongère en vue d’obtenir des prestations sociales. En Haute-Loire, une bande d’escroc affûteurs a été signalée en 2012 près de Vals et du Puy ; un menuisier ébéniste de Grazac en a notamment été victime.

Plus près de nous, cinq hommes âgés de 23 à 58 ans, dont un père et ses deux fils, ont été interpellés le 6 mars 2015 sur l’aire d’accueil de gens du voyage de Saint-Brandan près de Loudéac (Côtes d’Armor). Ils avaient démarché plusieurs agriculteurs des environs et affûté leurs lames et machines – mais les travaux étaient en réalité facturés au centimètre et multipliés par la longueur de la lame ou de la mèche. Aucun devis n’était signé, l’accord sur le prix était verbal – mais la facture, une fois l’outillage affûté, n’avait plus rien à voir avec ce sur quoi l’agriculteur et les démarcheurs s’étaient accordés. Le préjudice a dépassé 13.500 € et plusieurs agriculteurs ont déposé plainte pour escroquerie. Les trois principaux accusés ont écopé d’amendes et devront rembourser en outre leurs victimes.

Le 7 février 2017 enfin, les gendarmes de l’Office central de la lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) ont interpellé deux couples et une femme, âgés de 37 à 42 ans, dans la région de Valenciennes. Ils étaient issus de la communauté des gens du voyage et écumaient sans arrêt les exploitations agricoles dans toute la France, démarchées pour affûter leurs outils, mèches et lames. Près de 285 victimes pour un préjudice de plus de 300.000 € ont été recensés. Les factures étaient là encore gonflées, présentées au nom de sociétés inexistantes, et les affûteurs se montraient brutaux si leur victime ne voulait pas payer.

Nos conseils pour ne pas vous faire avoir par les escrocs affûteurs

  • Évitez de traiter avec les démarcheurs. Une bonne entreprise a pignon sur rue, elle ne démarche pas. Si elle envoie des commerciaux, ceux-ci sont identifiables, ils ont sur eux les coordonnées de leur entreprise (téléphone, raison sociale…) et de leur chef.

  • Ne traitez jamais avec une entreprise qui n’a pas de raison sociale française (n° INSEE, SIRET/SIREN, RCS). Une entreprise étrangère qui fait des affaires en France se doit d’avoir une filiale de droit français, ne serait-ce que pour payer ses impôts.

  • Vérifiez (par exemple sur Infogreffe ou societe.com) l’existence de l’entreprise si elle a une raison sociale française : les escrocs peuvent présenter le nom et la raison sociale d’une entreprise qui n’existe pas, ou dont ce n’est pas le domaine d’action (par exemple le nom d’une entreprise installant des sanitaires sur une facture d’affûtage : bizarre, bizarre)

  • Tant que vous n’avez pas signé le devis, ou que vous n’avez pas apposé la mention « Bon pour accord », celui-ci ne vous engage pas. Le silence ne vaut pas acceptation (Cass. civ. III, 16 avril 1996, pourvoi n°94-16528)

  • Le devis proposé à domicile par un démarcheur vous permet 14 jours de réflexion, et de possibilité de rétractation

  • Ne donnez jamais votre outillage une fois le devis fait par le démarcheur ! Attendez la fin du délai légal pour la rétractation. Aucun paiement ne peut être accepté ni aucune prestation faite avant la fin de ce délai légal (cass. civ. 1re du 18.6.96, n°94-15121)

  • Le devis doit indiquer clairement les conditions de tarification (taux horaire de main-d’oeuvre TTC, prix TTC des différentes prestations forfaitaires proposées, frais de déplacement…) : les prix sont libres, mais ce qui n’est pas sur le devis n’est pas réputé avoir été accepté.

Louis-Benoît Greffe

Commenter cet article