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France Révolution

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Ryanair vole avec l’argent du contribuable

Publié le 11 Janvier 2017 par France Révolution

Ryanair vole avec l’argent du contribuable

Jusqu’où ira Ryanair pour vous faire voler moins cher ? Peut-être en vous volant directement. Les subventions que Ryanair perçoit de la Métropole de Montpelier sont dans le collimateur d’Anticor. La compagnie, adepte de l’optimisation sociale et fiscale, profiterait largement de ces subventions.

Alors que Ryanair vient d'être sacrée une nouvelle fois « première compagnie européenne », la Chambre régionale des comptes et la Commission européenne s'inquiètent de la légalité des subventions accordées à la compagnie aérienne low-cost. Elle empochera cette année la coquette somme de 1,4 million d'euros. Officiellement, c'est pour maintenir l'activité de l'aéroport de Montpellier et faire la promotion de la région.

Mais pour Hervé Martin, conseiller municipal et l'un des rares élus à s'y opposer, c'est le résultat d'un chantage clair de la part de Ryanair pour maintenir ses lignes: « Ryanair a un triste jeu: si vous ne me versez pas ces subventions là, au lieu de faire atterrir mes avions sur l'aéroport de Montpelier, j'irai les faire atterrir sur l'aéroport de Béziers, 60 km à l'ouest, ou sur l'aéroport de Nîmes, 50 km à l'est. C'est un chantage de Ryanair auprès des collectivités territoriales. »

Un chantage qui coûte cher, 7 millions d'euros perçus sur 5 ans, et dont les retombées touristiques et économiques restent à prouver. Anticor, une association de lutte contre la corruption, qui a révélé le dossier en 2015, s'interroge sur l'utilisation de cet argent: « les compagnies low-cost Easy Jet, Transavia et Volotéa dépassent largement le trafic de Ryanair, et ce, sans aucune subvention. »

En décembre dernier, la Cour régionale des comptes a estimé que les subventions versées présentent « l'existence d'un risque financier et juridique: elles sont potentiellement incompatibles avec la réglementation européenne sur les "aides d'État" ». La Commission européenne, à laquelle les aides publiques doivent être notifiées, a fait savoir qu'elle n'avait pas connaissance du dossier. « Elles sont, de fait, illégales », estime Marie Hugon, responsable du dossier pour Anticor.

« Il y a un problème au niveau européen effectivement. Il faut se rendre à l'évidence: la puissance de ces entreprises-là est énorme. Et du coup, ils profitent de cette puissance-là. Les lobbies économiques sont très très forts, tant au niveau local qu'au niveau européen. Tant qu'il n'y aura pas une vraie décision de justice pour faire rentrer les choses dans l'ordre, ça sera difficile », poursuit Hervé Martin.

Comme les collectivités ne peuvent pas signer de contrat de marketing directement avec des compagnies aériennes, les subventions transitent par l'Association de Promotion des Flux Touristiques et Économiques (APFTE). Composée d'entreprises privées, son fonctionnement opaque a régulièrement été dénoncé. L'APFTE capte des moyens financiers importants, jusqu'à 1,5 million d'euros sur la région selon les années, mais se dispense de publier ses comptes. « On se demande comment les collectivités qui sont amenées à destiner des moyens importants à cette association peuvent également tourner le dos à cette réalité », poursuit Marie Hugon.

Les collectivités laissent l'association voler de ses propres ailes, mais se rendent complices d'un système favorisant l'évasion fiscale. L'APFTE verse la subvention à une filiale marketing de Ryanair, Airport Marketing Services. Située sur l'île de Man, la société est sous contrôle de la Couronne britannique et bénéficie de conditions fiscales particulièrement avantageuses. L'association « n'est jamais qu'une boîte aux lettres finalement » selon Hervé Martin: « Quand on regarde un peu plus près ce travail marketing, en vrai ça correspond à quelques annonces sur le site de Ryanair et quelques autres sites comme ça.

Quand je vois les pauvres annonces qui sont déposées sur ces sites, il y a à peine quelques milliers d'euros de travail. Si ça se trouve, c'est fait par des stagiaires niveau BTS, tellement c'est d'une pauvreté affligeante. C'est-à-dire qu'en réalité, le travail marketing n'est qu'un leurre. Ce n'est qu'un alibi pour verser directement de l'argent public dans les caisses de Ryanair. » Un travail marketing low-cost et des retombés touristiques extrêmement discutables. Dans la région Languedoc-Roussillon, le premier segment de tourisme est un segment français, provenant de la région Rhône-Alpes, qui n'a donc pas besoin d'une liaison aérienne pour arriver à destination. Dans les 20 % restants, la clientèle touristique est largement espagnole.

Où sont passés les touristes anglais, belges et allemands que la publicité est censée ramener, s'interroge Anticor: « Nous sommes là également dans une impossibilité de vérifier que la clientèle nordique serait importante dans notre région, bien au contraire. » Pour l'instant, les autres compagnies ne disent rien. « Elles ne sont pas sur cette lignée-là, à réclamer des subventions pour fonctionner. C'est vraiment le propre de Ryanair que d'effectuer cette forme de chantage sur l'ensemble des territoires », lesquels s'y soumettent, jusqu'à une certaine limite. La CCI Pau-Béar, qui gère l'aéroport de Pau, a décidé en 2011 de mettre fin au paiement de cette « redevance marketing », dénonçant également un chantage.

Dans la foulée, Ryanair avait annoncé qu'elle quittait l'aéroport de Pau au profit d'autres aéroports de la région. « Le départ de Ryanair se présente comme une bouffé d'oxygène économique, tant pour l'aéroport qui était soumis à ce racket, que par les collectivités ». Ironie du sort: la Commission européenne avait jugé illégales ses aides et condamné la compagnie à les rembourser. Le contribuable paie au prix fort la baisse des prix des billets. « Vu ce que ça nous coûte sur Montpellier en impôts, autant compléter le prix du billet en prenant l'avion avec eux », ironise Hervé Martin, avant d'insister: « Arrêtons de trembler devant Ryanair et de lui donner de l'argent public de cette façon-là, c'est un véritable scandale. »

Pour Anticor, la puissance de prélèvement de Ryanair sur la collectivité est un marqueur de paupérisation. L'entreprise soustrait des finances publiques qui pourraient être utilisées pour de véritables projets économiques. Actuellement, il n'y a aucune action de promotion digne de ce nom et l'arrivée de flux touristiques ne peut pas être corrélée à Ryanair et à l'attribution de ces subventions. En attendant, Anticor a saisi la préfecture de Montpellier et attend la réponse de l'État sur la trajectoire de ces subventions, direction un paradis fiscal.

 

 
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